mercredi 4 mai 2016

[GR.T.] Liste bac grec oral 2016


Voici la liste que je vous distribuerai à tous lundi. D'ici là, bonnes dernières révisions !

 SEQUENCE 1 – Interrogations philosophiques : l’Homme et l’Au-delà

Texte 1 – HOMERE, Odyssée XI, 204-222 : Ulysse rencontre sa mère aux Enfers (manuel p.22, avec notes, sans la traduction des 5 premiers vers).
Texte 2 – EPICURE, Lettre à Ménécée, 124-125 : « La mort n’est rien » (manuel p.34, avec notes).

                Prolongements :
                - Analyses d’œuvres : représentations des corps morts, des ombres et de l’Au-delà dans la céramique attique (notamment figures rouges et lécythes à fond blanc).
                - Le mythe de l’âme chez Platon : extraits commentés du Phédon, de la République (mythe d’Er).


 SEQUENCE 2 – Interrogations scientifiques : la médecine hippocratique

Texte 3Collection hippocratique, Eaux, Airs, lieux : « Le manuel du médecin itinérant » (manuel p.63, avec notes).
Texte 4Collection hippocratique, La Nature de l’homme : « La théorie des quatre humeurs » (manuel p. 64, avec notes).

                Prolongements :
                - Etudes de documents : stèles votives à Asclépios, à Amphiaraios ; ex-voto ; inscriptions d’Epidaure.
                - Conférence sur la médecine grecque hippocratique dans sa pratique.


SEQUENCE 3 – LONGUS, Daphnis et Chloé (I)

Texte 5 – Préambule (en entier).
Texte 6 – Découverte de Chloé : §4 (en partie), 5 et 6.
Texte 7 – L’échec de Dorcon : §21.

                Prolongements :
                - Etude d’ensemble du livre I (synthèse littéraire)
                - Histoire des arts : réception de Daphnis et Chloé au XXe s. (lithographies de Chagall ; ballet de Ravel).

 
 SEQUENCE 4 – Interrogations politiques : rendre la justice
 
Texte 8 – Hésiode, Les Travaux et le Jours, « Le faucon et le rossignol » (manuel p. 104, avec notes, sans la traduction des derniers vers).
Texte 9 – Aristophane, Les Guêpes : extraits du prologue (polycopié).

                Prolongements :
                - La justice archaïque : étude sur traduction de trois passages de l’Iliade.
                - Le procès de Socrate ; tribunaux dans l’Athènes classique : l’exemple de l’Héliée.
                - conférence sur « L’étranger à Athènes (Ve-IVe s.) : statuts des xenoi et des métèques, écarts entre la vision littéraire et les autres sources (épigraphie, iconographie) ».

 

 

samedi 2 avril 2016

Lendemain de Portes ouvertes : grec et latin à Paul Lapie


Latin ou grec ? Et pourquoi pas les deux ?
   Au lycée Paul Lapie, vous avez la possibilité de poursuivre votre apprentissage du latin commencé au collège, de commencer le grec ancien, ou même de suivre les deux enseignements. L’année de Seconde est une année de remise à niveau en latin, et de commencement en grec, quel que soit votre niveau réel de départ. Il n’y a pas à vous inquiéter d’éventuelles lacunes ! Le travail (traduction, commentaire de texte, exercices de langues) se fait essentiellement en cours pendant les 3 heures hebdomadaires ; comme pour toutes les langues, il faut assurer en outre un apprentissage régulier à la maison.

Les langues anciennes… à quoi cela sert-il ?
   Suivre un enseignement de langue ancienne apporte des références culturelles incontournables (le mythe des Atrides ou d’Œdipe, la figure de Phèdre, pour ne citer que ces exemples, sont repris dans la tragédie française des XVIIe s. et XXe s.). De fait, les programmes sont conçus pour enrichir vos savoirs dans l’optique du bac de Français (préparé en Seconde et Première) et sont en lien étroit avec la philosophie, l’économie et l’histoire des sciences en Terminale. La civilisation est enseignée par l’étude d’œuvres et monuments antiques, dans la continuité de l’histoire des arts pratiquée au collège.
   Etudier une langue ancienne est aussi l’occasion d’une réflexion linguistique, rhétorique, étymologique sur les langues vivantes européennes.

    L’opportunité de voyager et de confronter l’étude des sources aux vestiges et aux œuvres conservées dans leur pays d’origine vous sera sûrement offerte au cours de vos trois années au lycée : voyage en Italie ou en Grèce, ou encore dans des musées et sur des sites européens (en France, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne…) pour découvrir le patrimoine antique.

Latin
Grec ancien
Seconde
Remise à niveau en langue.
 
La vie quotidienne et la société ; l’histoire de la conquête de la Méditerranée ; figures héroïques et mythologiques / grandes figures historiques.
 
Programme spécifique « grands débutants »
Acquisition méthodique et progressive de la langue sur l’année, en tant que grand débutant, visant à une autonomie relative en fin d’année en traduction.
Histoire de la Grèce des premiers temps à l’époque hellénistique (conquêtes d’Alexandre le Grand) ; vie quotidienne ;  mythologie (la naissance du monde ; Prométhée ; la Guerre de Troie ; Ulysse ; le mythe d'Œdipe…)
Première
Le programme  suit de près les quatre objets d’étude du cours de Français : récits et témoignages (romans et lettres) ; le théâtre ; la poésie  (épopée, poésie amoureuse) ; l’argumentation par l’étude de la rhétorique.
Terminale
Interrogations philosophiques, scientifiques , économiques et politiques. Une œuvre au programme.

   En Terminale, l’élève (de L, ES ou S) passe une épreuve à coefficient 3, privilège unique pour une épreuve facultative du bac. Vous n’avez rien à perdre : seule une note au-dessus de 10/20 (la bienveillance est de mise !) entraîne un bonus, et il n’y pas de malus ! Un 16 sur 20 procure ainsi à l’élève 18 points de bonus. Deux solutions sont possibles : une épreuve orale (dix textes préparés dans l’année ; interrogation sur 5 lignes à traduire et un commentaire du texte global) pour les séries L, ES, S ; une épreuve écrite en latin ou grec pour les L pratiquant les deux options, en plus de l’oral dans l’autre langue ancienne.


Comment vous inscrire ?
ATTENTION  !  Depuis cette année, le grec n'est plus une option à effectif limité (ou, pour le dire autrement, dérogatoire) : vous ne pouvez plus le choisir en vœu prioritaire. Il vous faut faire comme vœu de lycée Paul Lapie ; une fois votre affectation obtenue, vous viendrez vous inscrire et choisir vos options pour la rentrée, le latin et le grec faisant partie des choix possibles.
Mme GILLE et M. DERCY seront ravis de vous compter  dans les rangs des latinistes et/ou hellénistes l’an prochain !

dimanche 20 mars 2016

[GR. T.] L'étranger à Athènes (Ve-IVe siècles)

Romain Guicharrousse,
doctorant en Histoire grecque à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne
 et de l'Ecole française d'Athènes,
membre de l'équipe de recherches Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques ANHIMA

présentera le jeudi 24 mars
dans le cours de grec Terminale de 12h à 13h
(mais la porte de la salle 201 est ouverte à tous !)
la communication suivante : 

L'étranger à Athènes (Ve-IVe siècles) : vision littéraire et réalité


   La cité d'Athènes est, à l'époque classique (Ve-IVe siècles), composée de ses citoyens, mais aussi de nombreux étrangers venus s'installer dans la cité. En droit, ces étrangers sont exclus de la cité, communauté des seuls citoyens et citoyennes. Cette vision est fondée sur les sources littéraires (Hérodote, Thucydide, Démosthène). Mais, lorsqu'on s'intéresse aux sources épigraphiques (gravées sur pierre ou sur métal), on observe une autre réalité, celle de la vie quotidienne, où étranger(e)s libres et citoyen(ne)s exercent des métiers similaires, fréquentent les mêmes lieux, adhèrent aux mêmes valeurs. Les étrangers apparaissent alors bien intégrés au tissu social de la cité d'Athènes et font pleinement partie des habitants de l'Attique.

[LAT.] Vie quotidienne : living in Ancient Roma

   Deux courts métrages animés, pour comprendre ce qu'était la vie d'un Romain libre au Ier s. après J.-C.à Rome, particulièrement celle d'un adolescent, "Lucius", et celle d'une jeune fille "Domitia III". Le texte est en anglais, mais assez accessible, et les images sont suffisamment éloquentes... et plaisantes.
https://www.youtube.com/watch?v=RQMgLxVxsrw : Domitia III (troisième du nom)
 
   Une bonne occasion de reparler des relations sociales, du mariage, des loisirs et de l'emploi du temps journalier...
   Bonne découverte !
   B.D.

mardi 15 mars 2016

[GR. T.] Daphnis et Chloé : prolongements

Voici les compléments sur la réception de l'œuvre au XXe siècle, certains ayant été exploités en classe :
1) le ballet de Ravel (création 1912) :
- chorégraphie de J.-Chr. Maillot
https://www.youtube.com/watch?v=1s9vEQsTGyg

- suite n°2 : "l'éveil du printemps"
https://www.youtube.com/watch?v=cnvv89Nd2pg


2) les lithographies de Chagall :
- un article en lien avec l'exposition au Canada en 2015
 http://www.magazinembac.ca/expositions/daphnis-et-chloe-la-lumineuse-histoire-d-amour-de-Chagall
- interview de Chagall à la télévision en 1958 sur cette œuvre (suranné à souhait !) : http://www.ina.fr/video/CAF91056107

3) le film grec d'Orestis Laskos de 1931 : reportage et film
http://dornac.eklablog.com/daphnis-et-chloe-un-film-muet-d-orestis-laskos-1931-a106925338
Le film adopte un scénario très différent du roman de Longus, mais c'est surtout les scènes très sensuelles (pour l'époque) et la musique inspirée de Ravel et de Borodine qu'on retiendra.

Enfin, une page plus générale sur l'utilisation du thème des amours de Daphnis et Chloé en peinture, gravure, sculpture... depuis la Renaissance
http://www.mediterranees.net/mythes/daphnis/iconographie.html
et plus particulièrement ce groupe sculpté, visible au Louvre, de Cortot, représentant Daphnis apprenant à Chloé à jouer de la flûte
http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not_frame&idNotice=558&langue=fr

Bonne découverte !
B.D.

dimanche 31 janvier 2016

[Pour tous !] Etymologie rieuse !

Je viens de découvrir ce site, une mine pour qui s'intéresse à l'histoire des mots et aux langues anciennes en tous genres :


Bonne navigation (de celles d'Ulysse, à ne pas retourner chez soi de si tôt !).
B.D.

samedi 30 janvier 2016

[LAT.] Pompéi, comme si l'on y était !

-------------- Reconstitution de Pompéi en 3D : allez visionner ce petit film d'animation

https://www.youtube.com/watch?v=-XaFU4Zz7Zk

-------------- Comme un beau jour du mois d'août 79...
   La destruction de Pompéi vue d'une webcam ?
C'est désormais possible, et saisissant. Une réalisation 3D qui est comme un voyage dans le temps.



    L'occasion de rappeler ici le témoignage de Pline le Jeune, qui a aidé les scientifiques à comprendre ce qui s'est passé ce jour-là dans la baie de Naples... (Lettres VI, 16 et 20)

A Tacite.
 
Vous me priez de vous apprendre au vrai comment mon oncle [« Pline l’Ancien »] est mort, afin que vous en puissiez instruire la postérité. Je vous en remercie. (…)
Il était à Misène, où il commandait la flotte. Le 23e d'août, environ une heure après midi, ma mère l'avertit qu'il paraissait un nuage d'une grandeur et d'une figure extraordinaire. Après avoir été quelque temps couché au soleil, selon sa coutume, et avoir pris un bain d'eau froide, il s'était jeté sur un lit, où il étudiait. Il se lève, et monte en un lieu d'où il pouvait aisément observer ce prodige. Il était difficile de discerner de loin de quelle montagne ce nuage sortait. L'événement a découvert depuis que c'était du mont Vésuve. Sa forme approchait de celle d'un arbre, et d'un pin plus que d'aucun autre ; car, après s'être élevé fort haut en forme de tronc, il étendait une espèce de branche. Je m'imagine qu'un vent souterrain le poussait d'abord avec impétuosité, et le soutenait. Mais, soit que l'impression diminuât peu à peu, soit que ce nuage fût affaissé par son propre poids, on le voyait se dilater et se répandre. Il paraissait tantôt blanc, tantôt noirâtre, et tantôt de diverses couleurs, selon qu'il était plus chargé ou de cendre ou de terre. Ce prodige surprit mon oncle, qui était très savant ; et il le crut digne d'être examiné de plus près. Il commande que l'on appareille sa frégate légère, et me laisse la liberté de le suivre. Je lui répondis que j'aimais mieux étudier ; et par hasard il m'avait lui-même donné quelque chose à écrire. Il sortait de chez lui, ses tablettes à la main, lorsque les troupes de la flotte qui étaient à Rétines, effrayées par la grandeur du danger (car ce bourg est précisément sur Misène, et on ne s'en pouvait sauver que par la mer), vinrent le conjurer de vouloir bien les garantir d'un si affreux péril. Il ne changea pas de dessein, et poursuivit avec un courage héroïque ce qu'il n'avait d'abord entrepris que par simple curiosité. Il fait venir des galères, monte lui-même dessus, et part dans le dessein de voir quel secours on pouvait donner non seulement à Rétines, mais à tous les autres bourgs de cette côte, qui sont en grand nombre à cause de sa beauté. Il se presse d'arriver au lieu d'où tout le monde fuit, et où le péril paraissait plus grand ; mais avec une telle liberté d'esprit, qu'à mesure qu'il apercevait quelque mouvement ou quelque figure extraordinaire dans ce prodige, il faisait ses observations et les dictait. Déjà sur ces vaisseaux volait la cendre plus épaisse et plus chaude, à mesure qu'ils approchaient ; déjà tombaient autour d'eux des pierres calcinées et des cailloux tout noirs, tout brûlés, tout pulvérises parla violence du feu; déjà lamer semblait refluer, et le rivage devenir inaccessible par des morceaux entiers de montagnes dont il était couvert ; lorsque après s'être arrêté quelques moments, incertain s'il retournerait, il dit à son pilote, qui lui conseillait de gagner la pleine mer : « La fortune favorise le courage. Tournez du côté de Pomponianus. » Pomponianus était à Stabie, en un endroit séparé par un petit golfe que forme insensiblement la mer sur ces rivages qui se courbent. Là, à la vue du péril, qui était encore éloigné, mais qui semblait s'approcher toujours , il avait retiré tous ses meubles dans ses vaisseaux, et n'attendait pour s'éloigner qu'un vent moins contraire. Mon oncle, à qui ce même vent avait été très favorable, l'aborde, le trouve tout tremblant, l'embrasse, le rassure, l'encourage ; et pour dissiper, par sa sécurité, la crainte de son ami, il serait porter au bain. Après s'être baigné, il se met à table, et soupe avec toute sa gaieté, ou (ce qui n'est pas moins grand) avec toutes les apparences de sa gaieté ordinaire. Cependant on voyait luire, de plusieurs endroits du mont Vésuve, de grandes flammes et des embrasements dont les ténèbres augmentaient l'éclat. Mon oncle, pour rassurer ceux qui l'accompagnaient, leur dit que ce qu'ils voyaient brûler, c'étaient des villages que les paysans alarmés avaient abandonnés, et qui étaient demeurés sans secours. Ensuite il se coucha, et dormit d'un profond sommeil ; car, comme il était puissant, on l'entendait ronfler de l'antichambre.
Mais enfin la cour par où l'on entrait dans son appartement commençait à se remplir si fort de cendres, que, pour peu qu'il eût resté plus longtemps, il ne lui aurait plus été libre de sortir. On l'éveille ; il sort, et va rejoindre Pomponianus et les autres qui avaient veillé. Ils tiennent conseil, et délibèrent s'ils se renfermeront dans la maison, ou s'ils tiendront la campagne : car les maisons étaient tellement ébranlées par les fréquents tremblements de terre, que l'on aurait dit qu'elles étaient arrachées de leurs fondements, et jetées tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et puis remises à leurs places. Hors de la ville, la chute des pierres, quoique légères et desséchées par le feu, était à craindre. Entre ces périls, on choisit la rase campagne. Chez ceux de sa suite, une crainte surmonta l'autre : chez lui, la raison la plus forte l'emporta sur la plus faible. Ils sortent donc, et se couvrent la tète d'oreillers attachés avec des mouchoirs ; ce fut toute la précaution qu'ils prirent contre ce qui tombait d'en haut. Le jour recommençait ailleurs ; mais dans le lieu où ils étaient continuait une nuit la plus sombre et la plus affreuse de toutes les nuits, et qui n'était un peu dissipée que par la lueur d'un grand nombre de flambeaux et d'autres lumières. On trouva bon de s'approcher du rivage, et d'examiner de près ce que la mer permettait de tenter; mais on la trouva encore fort grosse, et fort agitée d'un vent contraire. Là, mon oncle ayant demandé de l'eau et bu deux fois, se coucha sur un drap qu'il fit étendre. Ensuite des flammes qui parurent plus grandes, et une odeur de soufre qui annonçait leur approche, mirent tout le monde en fuite. Il se lève, appuyé sur deux valets, et dans le moment tombe mort. Je m'imagine qu'une fumée trop épaisse le suffoqua d'autant plus aisément, qu'il avait la poitrine faible, et souvent la respiration embarrassée. Lorsque l'on commença à revoir la lumière (ce qui n'arriva que trois jours après), on retrouva au même endroit son corps entier, couvert de la même robe qu'il portait quand il mourut, et dans la posture plutôt d'un homme qui repose que d'un homme qui est mort. Pendant ce temps, ma mère et moi nous étions à Misène. Mais cela ne regarde plus votre histoire : vous ne voulez être informé que de la mort de mon oncle. Je finis donc, et je n'ajoute plus qu'un mot: c'est que je ne vous ai rien dit, ou que je n'aie vu ou que je n'aie appris, dans ces moments où la vérité de l'action qui vient de se passer n'a pu encore être altérée. C'est à vous de choisir ce qui vous paraîtra plus important. Il y a bien de la différence entre écrire une lettre, ou une histoire; entre écrire pour un ami, ou pour la postérité.  Adieu.
_________________________________________________________
A Tacite.
La lettre que je vous ai écrite sur la mort de mon oncle, dont vous aviez voulu être instruit, vous a, dites-vous, donné beaucoup d'envie de savoir quelles alarmes et quels dangers j'essuyai à Misène, où j'étais resté ; car c'est là que j'ai quitté mon histoire.
Quoiqu'au seul souvenir je sois saisi d'horreur, je commence.
Après que mon oncle fut parti, je continuai l'étude qui m'avait empêché de le suivre. Je pris le bain, je soupai, je me couchai, et dormis peu, et d'un sommeil fort interrompu. Pendant plusieurs jours, un tremblement de terre s'était fait sentir, et nous avait d'autant moins étonnés, que les bourgades et même les villes de la Campanie y sont fort sujettes. Il redoubla pendant cette nuit avec tant de violence, qu'on eût dit que tout était, non pas agité, mais renversé. Ma mère entra brusquement dans ma chambre, et trouva que je me levais, dans le dessein de l'éveiller, si elle eût été endormie. Nous nous asseyons dans la cour, qui ne sépare le bâtiment d'avec la mer que par un fort petit espace. Comme je n'avais que dix-huit ans, je ne sais si je dois appeler fermeté nu imprudence ce que je fis : je demandai [un ouvrage de] Tite-Live ; je me mis à le lire, et je continuai à l'extraire, ainsi que j'aurais pu faire dans le plus grand calme.
Un ami de mon oncle survint ; il était nouvellement arrivé d'Espagne pour le voir. Dès qu'il nous aperçoit, ma mère et moi, assis, moi un livre à la main, il nous reproche, à elle sa tranquillité, à moi ma confiance. Je n'en levai pas les yeux de dessus mon livre. Il était déjà sept heures du matin, et il ne paraissait encore qu'une lumière faible, comme une espèce de crépuscule. Alors les bâtiments furent ébranlés avec de si fortes secousses, qu'il n'y eut plus de sûreté à demeurer dans un lieu à la vérité découvert, mais fort étroit. Nous prenons le parti de quitter la ville : le peuple épouvanté nous suit en foule, nous presse, nous pousse ; et ce qui, dans la frayeur, tient lieu de prudence, chacun ne croit rien de plus sûr que ce qu'il voit faire aux autres. Après que nous fûmes sortis de la ville, nous nous arrêtons; et là, nouveaux prodiges, nouvelles frayeurs. Les voitures que nous avions emmenées avec nous étaient à tout moment si agitées, quoiqu'en pleine campagne, qu'on ne pouvait même, en les appuyant avec de grosses pierres, les arrêter en une place. La mer semblait se renverser sur elle-même, et être comme chassée du rivage par l'ébranlement de la terre. Le rivage en effet était devenu plus spacieux, et se trouvait rempli de différents poissons demeurés à sec sur le sable. A l'opposé, une nuée noire et horrible, crevée par des feux qui s'élançaient en serpentant, s'ouvrait, et laissait échapper de longues fusées semblables à des éclairs, mais qui étaient beaucoup plus grandes. Alors l'ami dont je viens de parler revint une seconde fois, et plus vivement, à la charge. « Si votre frère, si votre oncle est vivant, nous dit-il, il souhaite sans doute que vous vous sauviez ; et s'il est mort, il a souhaité que vous lui surviviez. Qu'attendez-vous donc? Pourquoi ne vous sauvez-vous pas? » Nous lui répondîmes que nous ne pouvions songer à notre sûreté, pendant que nous étions incertains du sort de mon oncle. L'Espagnol part sans tarder davantage, et cherche son salut dans une fuite précipitée.
Presque aussitôt la nuée tombe à terre, et couvre les mers ; elle dérobait à nos yeux l'île de Capri, qu'elle enveloppait, et nous faisait perdre de vue le promontoire de Misène. Ma mère me conjure, me presse, m'ordonne de me sauver, de quelque manière que ce soit; elle me remontre que cela est facile à mon  âge; et que pour elle, chargée d'années et d'embonpoint, elle ne le pouvait faire ; qu'elle mourrait contente, si elle n'était point cause de ma mort. Je lui déclare qu'il n'y avait point de salut pour moi qu'avec elle ; je lui prends la main, et je la force de m'accompagner : elle le fait avec peine, et se reproche de me retarder. La cendre commençait à tomber sur nous, quoiqu'en petite quantité. Je tourne la tête, et j'aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suivait, en se répandant sur la terre comme un torrent. Pendant que nous voyons encore, quittons le grand chemin, dis-je à ma mère, de peur qu'en le suivant, la foule de ceux qui marchent sur nos pas ne nous étouffe dans les ténèbres. A peine étions-nous écartés, qu'elles augmentèrent de telle sorte, qu'on eût cru être, non pas dans une de ces nuits noires et sans lune, mais dans une chambre où toutes les lumières auraient été éteintes. Vous n'eussiez entendu que plaintes de femmes, que gémissements d'enfants, que cris d'hommes. L'un appelait son père, l'autre son fils, l'autre sa femme; ils ne se reconnaissent qu'à la voix. Celui-là déplorait son malheur, celui-ci le sort de ses proches. Il s'en trouvait à qui la crainte de la mort faisait invoquer la mort même. Plusieurs imploraient le secours des dieux ; plusieurs croyaient qu'il n'y en avait plus, et comptaient que cette nuit était la dernière et l'éternelle nuit, dans laquelle le monde devait être enseveli. On ne manquait pas même de gens qui augmentaient la crainte raisonnable et juste, par des terreurs imaginaires et chimériques. Ils disaient qu'à Misène ceci était tombé, que cela brûlait ; et la frayeur donnait du poids à leurs mensonges. Il parut une lueur qui nous annonçait, non le retour du jour, mais l'approche du feu qui nous menaçait; il s'arrêta pourtant loin de nous. L'obscurité revient, et la pluie de cendres recommence, et plus forte et plus épaisse. Nous étions réduits à nous lever de temps eu temps, pour secouer nos habits ; et, sans cela, elle nous eût accablés et engloutis. Je pourrais me vanter qu'au milieu de si affreux dangers, il ne m'échappa ni plainte, ni faiblesse; mais j'étais soutenu par cette consolation peu raisonnable, quoique naturelle à l'homme, de croire que tout l'univers périssait avec moi.
Enfin, cette épaisse et noire vapeur se dissipa peu à peu, et se perdit tout à fait, comme une fumée ou comme un nuage. Bientôt après parut le jour, et le soleil même, jaunâtre pourtant, et tel qu'il a coutume de luire dans une éclipse. Tout se montrait changé à nos yeux, troublés encore ; et nous ne trouvions rien qui ne fût caché sous des monceaux de cendre, comme sous de la neige. On retourne à Misène. Chacun s'y rétablit de son mieux : et nous y passons une nuit entre la crainte et l'espérance, mais où la crainte eut la meilleure part ; car le tremblement de terre continuait. On ne voyait que gens effrayés, entretenir leur crainte et celle des autres par de sinistres prédictions. Il ne nous vint pourtant aucune pensée de nous retirer, jusqu'à ce que nous eussions eu des nouvelles de mon oncle, quoique nous fussions encore dans l'attente d'un péril si effroyable, et que nous avions vu de si près. Vous ne lirez pas ceci pour l'écrire, car il ne mérite pas d'entrer dans votre histoire ; et vous n'imputerez qu'à vous-même, qui l'avez exigé, si vous n'y trouvez rien qui soit digne même d'une lettre.  Adieu.